Le simulacre et la simulatrice

J’ai baisé dans la douche
Avec un clone
De Tom Jones
Âgé de trente ans
Après un concert en sueur
Et à paillettes
À Las Vegas
C’est un fait méconnu
Mais ils ont cloné Tom Jones
Tout de suite après la brebis Dolly
Pour que sa maison de disques
Puisse encore faire du blé
Longtemps après sa mort
Il m’a dit qu’ils étaient une douzaine
À brûler les planches six jours semaine
Partout en Amérique
Et que le public en délire
Ne se doutait de rien
Trouvant Tom Jones
Drôlement bien conservé
Et en forme pour son âge
Quelle arnaque
Si seulement iels savaient
Il m’a dit qu’il n’avait rencontré l’original
Qu’une seule fois
Pendant les répétitions
Que ça lui avait fait un choc
De constater de quoi il allait avoir l’air
Quand il serait vieux
Puis il a poussé sa bite noueuse
À l’intérieur de moi
Avec l’eau qui giclait tout autour
J’ai fait une pause
Un moment d’incrédulité
Il a balancé ses hanches
Comme il l’avait fait sur scène
Quand il a chanté
It’s not unusual
Exactement comme l’original
C’était à s’y méprendre
Et ça m’a drôlement épatée
J’ai failli jouir à la première estocade
Et j’étais bien partie pour prendre mon pied
Quand sortant de nulle part
Il a demandé si mon cul était
Plus ou moins rebondi que le sien
«Je veux juste avoir l’air parfait
Au cas où un paparazzo se pointerait
A-t-il dit en hanhannant
Et ça a gâché le moment
De constater qu’il pensait égoïstement
À des angles de caméra dans un moment pareil
Mon esprit a été envahi par des visions
De tous les autres clones
Réunis dans un jacuzzi
Me demandant de les sucer
À tour de rôle
En faisant aller leur cul rebondi
Et en chantant Whats’s New Pussycat
Avant de me balancer leur
Foutre manipulé génétiquement
À la gueule
C’était trop
Juste trop
J’ai fait semblant de jouir
J’ai crié
«Oh oui oh oui Tom oh oh oui»
Puis je l’ai repoussé
Il s’est retiré en faisant
Un bruit baveux
De bouteille qu’on débouche
Je me suis épongée
Rhabillée
En jurant qu’on ne me reprendrait plus
À copuler avec un artiste
Complètement fabriqué
Par l’industrie du showbiz.

L’avaleuse de sabres

Ma vie est un cirque
Une galerie des monstres
Où défilent nuit et jour

Femmes à barbe
Hommes canon
Hydrocéphales nains
Frères siamois bègues
Contorsionnistes obèses
Hercules aux biceps d’acier
Tatoués intégraux

Quant à moi, je suis
L’avaleuse de sabres
La tailleuse de calumet
La scalpeuse de mohican
Qui humecte le bâton du berger
Et qui est à tu et à toi avec le pontife

On peut se mettre en bouche
Bien des choses en somme
Cigarette stylo bille brosse à dents
En-cas de quinze heures trente
Chewing-gum goyave-ananas-menthe
Cornet à pistons baryton

Mais rien ne demande autant
De dextérité et d’adresse
Que de prendre en gorge
Une arme d’estoc et de taille
Une longue et large rapière
De chair et de sang

Dès le début il faut
Que l’épée soit bien rigide
Alors, mieux vaut la travailler
Qu’elle soit chaude et flexible
Qu’elle réagisse au moindre mouvement
Au moindre souffle
Au moindre changement de pression
Lors de la prise en bouche

Avec un peu de succion
Le sabre enfle et se déploie
Bat au pouls du désir
Et pour rien au monde ne quitterait-il
La douceur de mon palais
Alors toujours plus profondément
Il avance vers ma gorge
Plongeant au plus profond de mon âme
Quand je le tiens mollement
Entre mes lèvres
La friction baveuse le rend
Plus rigide encore
Souvent je reste immobile
Pur réceptacle
À genoux et essuyant l’estocade
La tête renversée
Méditative et souveraine

Les épées se succédant
Allant et venant dans mon gosier
Jusqu’à l’apothéose finale
Que gourmande je déguste
Sous un tonnerre de cris
Et d’applaudissements.

La ballade du scrotum mordu

Si tu voulais bien
Cesser de gueuler
Je pourrais t’expliquer

Ne prends pas cet air de martyr
Je t’ai juste mordu les couilles
Et pas très fort en plus

Laisse-moi jeter un coup d’œil
Non, je ne te toucherai pas
Je vais juste regarder

Ben voilà, on ne voit rien
Pas la moindre marque
Le sac à malices n’est pas percé

Bande, mon amour!
Bande encore !
Jusqu’à cent ans !

Dis-toi que ce n’était
Qu’une expérience qu’il fallait vivre
Un kink à rayer de ta bucket list

Je voulais juste essayer
Mais je n’aime pas du tout
Les poils m’ont chatouillé la gorge

Pas fameux, pas excitant
De ce point de vue
Je regrette vraiment

Cela dit il y a des gens paient
Pour se faire mordre les couilles
Juste avant de jouir

Parfois on leur lacère la bite
Parfois on la fend en deux
Et c’est donc deux fois plus cher

Des fortunes changent de mains
Des empires financiers se sont bâtis
Sur de simples morsures de scrotum

Le roi Lear légua son royaume à sa fille cadette
Qui sut transcender l’amour filial
Et lui mordre les couilles jusqu’au sang

Dieu lui-même au huitième jour de la création
Mordit dans ses propres schnolles
Et vit que cela était juste et bon

Oui, bon, d’accord
Je m’excuse, ok ?
On peut baiser, maintenant?

L’amour est-il un échange?

Pourquoi existons-nous ?
Ta queue entre mes fesses.
Pourquoi sommes-nous ici ?
Ma langue sur ton cul.
Pourquoi existe-il quelque chose plutôt que rien ?
Tes lèvres sur mes seins.

Peut-on avoir raison toute seule ?
Mes dents sur tes couilles.
Tout s’en va-t-il avec le temps ?
Mes cuisses autour de tes hanches, ta bouche aspirant mon souffle.
Doit-on obéir aux lois ?
Les mains liées derrière le dos, la pine dressée et les yeux grands
ouverts.

Peut-on être libre sans les autres ?
Relents de fente et de foutre dans la pénombre de ma chambre.
Suffit-il de parler pour dialoguer ?
Mes ongles en sang dans ton dos, avant de sombrer dans
l’inconscience.

Qu’est-ce que l’amour ?

Fais honneur à Ville Lemoyne

Allez ma vieille ne leur fais surtout pas honte
Qu’est-ce qu’ils diraient s’ils te voyaient maintenant ?
Ce n’est pas le moment de faire la mauviette
Et encore moins celui de te défiler
Arrête de tirer sur ta jupe trop courte
Arrête de penser à ton chemisier trop échancré
Relève le front et hausse les épaules
Fais claquer tes talons aiguilles sur le parquet
Qu’ils résonnent comme les trompettes de Jéricho
Montre-leur de quoi tu es capable
Mets-leur en plein la vue
Fais honneur à Ville Lemoyne

Il y en a combien, finalement ?
Cinq ? Huit ? Douze? Quatorze ? Dix-sept ?
Pas plus d’une vingtaine en tout cas
Celui-ci n’est pas trop vieux
Celui-là n’est pas trop moche
Ceux-là semblent à peu près propres
Rien de bien intimidant
Rien que tu n’aies fait au moins cent fois
Allez ma vieille il est trop tard pour reculer
Toi qui fanfaronnais bravache avec eux au téléphone
Toi qui disais que tu en as toujours eu envie
Fais honneur à Ville Lemoyne

Tu es à la hauteur tu le sais très bien
C’est toi la meilleure tu le sais très bien
Tes yeux de braise n’ont jamais eu froid
Tes muqueuses sont plus résistantes que le kevlar
Avec toi les daltoniens en voient de toutes les couleurs
Avec toi les hombres fuient la queue entre les jambes
Laisse-les arracher tes fripes tu les as achetées pour ça
Laisse-les saloper ton maquillage tu l’a mis pour ça
Montre-leur que tes ressources sont inépuisables
Montre-leur que la Rive Sud ne s’en laissera jamais imposer
Allez ma vieille écarte bien les cuisses
Fais honneur à Ville Lemoyne

Lettre à l’amant

Tu resterais de glace si je te lisais Le con d’Irène en me limant le con avec une glace à la lime ?

Tu lécherais jusqu’à l’orgasme mes larmes sur ma cornée ?

Tu recruterais pour moi des légions d’étrangers sans visas et sans

visages pour récolter un bain de foutre et m’y tremper ?

Et si je badinais avec un aveugle, tu laisserais son chien me monter ?

Tu m’accompagnerais, nu, bâillonné, tenu en laisse, à la manif du huit mars ?

Tu éjaculerais ta morve sur mon palais si je suçais ton nez comme une verge ?

Tu me servirais ton sang et ton sperme mêlés dans un calice, pour que j’y trempe les doigts qui fouilleraient ton fondement ?

Tu me lierais à une table, jambes et bras écartés, putain absolue sans préférences ni états d’âme, pour me mettre à l’abattage ?

Tu éclabousserais de foutre ton bulletin de vote pendant que je te lèche le cul dans l’isoloir ?

Tu me laisserais agrafer ton prépuce à ton nombril et ton scrotum à tes cuisses ?

Tu placerais des araignées sur ma chatte après m’avoir ligotée nue dans le jardin ?

Tu me laisserais, moi fille de Loth, abuser de toi, plongé dans le sommeil de l’ivresse, pour te donner une postérité mâle ?

Tu t’amputerais un doigt, celui qui te sert à me faire jouir, pour que je le vénère comme relique ?

Tu téterais mes seins assez longtemps pour que je puisse t’allaiter,

Moi qui n’ai jamais enfanté ?

Tu installerais un godemiché sur l’escarpolette du parc du quartier pour que je puisse au grand jour m’y amuser ?

Tu m’expliquerais par l’exemple ce que veut dire le mot « bradycubie » ?

Tu te ferais tatouer la phrase « j’ai léché Anne Archet » sur la langue ?

Tu renierais ton dieu pendant que je me frotte la vulve sur le livre saint de ton choix ?

Tu me laisserais placer ton cigare dans mon sexe pour que je puisse faire des ronds de fumée ?

Tu viendrais boire le sperme de ton grand-père qui s’écoule de ma chatte surmenée ?

Tu resterais raide et immobile sur la civière de la morgue pendant que je te chevauche éperdument ?

Tu servirais à tes anciens camarades de classe le vin qui aurait servi à me faire un lavement ?

Tu me laisserais te regarder pendant que tu te sers d’un trou dans un tronc d’arbre comme tu te serais servi de mes propres orifices ?

Tu m’épierais pendant que je te trompe avec un bossu, une femme à barbe, un cul-de-jatte, un grand brûlé ?

Tu me laisserais mordre ton gland pour que je puisse boire, au dernier moment, deux fluides vitaux plutôt qu’un seul ?

Tu me construirais un Roméo mécanique sur lequel tu me ferais perdre la raison chaque soir entre dix-neuf et vingt heures ?

Tu goûterais, accompagnés de caviar de beluga, mes excréments tartinés sur un craquelin de seigle ?

Tu me laisserais vider mes glandes de Skene sur ton édredon de plumes d’eider ?

Tu m’achèterais un costume d’infirmière pour que je puisse aller sucer les cancéreux sur leur lit de mort ?

Tu me laisserais t’accrocher le gland sur un hameçon pour que je puisse jouer à la pêche miraculeuse ?

Tu me filmerais pendant que je débauche ta mère avec un gode ceinture ?

Tu emballerais ton braque d’un savant kokigami pour que je puisse l’offrir à ma petite cousine pour son anniversaire ?

Tu placerais une braise sur mon nombril pendant que je me masturbe, moi qui brûle d’amour ?

Tu me laisserais insérer de petites billes d’acier dans ton urètre pour pouvoir ensuite les voir jaillir avec ton foutre ?

Tu vendrais ton père, ta patrie et ton âme au diable pour que je jouisse une fois de plus, une seule fois ?

Alors ne viens pas me dire que tu m’aimes.

Embrasse-moi Caroline

Embrasse-moi Caroline avant que ton mari ne revienne
Faisons l’amour sur un lit de boîtes de pizza
Les mains sous la jaquette de flanelle
Laisse-moi un souvenir de cette nuit

Faisons l’amour sur un lit de boîtes de pizza
Buvons du Fresca dans des flûtes à champagne
Laisse-moi un souvenir de cette nuit
Avant que ton mari ne revienne

Buvons du Fresca dans des flûtes à champagne
Assises sur ce sofa couvert de fleurs
Avant que ton mari ne revienne
Je veux sentir ton souffle dans mon cou

Assises sur ce sofa couvert de fleurs
Tes doigts pinçant gentiment mes mamelons
Je veux sentir ton souffle dans mon cou
Je veux sentir la repousse de ton pubis contre ma joue

Tes doigts pinçant gentiment mes mamelons
J’ai attendu avant de prendre place entre tes cuisses
Je veux sentir la repousse de ton pubis contre ma joue
Ta culotte descendue jusqu’à tes chevilles

Je plante mes dents dans le gras de tes fesses
Je tête ton bouton le doigt sur la détente
Je bois ton Fresca à grande lampées
Embrasse-moi Caroline avant que ton mari ne revienne

Hymen

Désolée, je me préserve
Pour le danseur embauché par mes copines
Pour mon enterrement de vie de fille

Désolée, je me préserve
Pour les lesbiennes saoules qui me draguent
Au bar quinze minutes avant la fermeture

Désolée, je me préserve
Pour les adonis à moitié nus et luisants de sueur
Qui tondent la pelouse du parc devant chez moi

Désolée, je me préserve
Pour les dames BCBG qui m’invitent pour le thé
Et que je lape entre deux lampées de lapsang

Désolée, je me préserve
Pour tous les mecs sans visage de l’internet
Qui m’envoient des photos de leur bite cramoisie

Désolée, je me préserve
Pour les échangistes en string et en tongs
Qui organisent des orgies dans les sous-sols de Rawdon

Désolée, je me préserve
Pour les ménagères proprettes et quinquagénaires
Qui m’offrent à leur mari pour leurs noces d’argent

Désolée, je me préserve
Pour les types louches recrutés sur Craigslist
Qui viennent sonner chez moi à deux heures du mat’

Désolée, je me préserve
Pour les moustachus transgenres et tatoués
Qui me font monter bareback sur leur moto

Désolée, je me préserve
Pour les camionneurs qui me font sucer leur outil
À la queue-leu-leu dans la douche de la halte routière

Désolée, je me préserve
Pour la candidate conservatrice dans Yorkton-Melville
Qui m’enseigne à coup de gode les valeurs familiales

Désolée, je me préserve
Pour les vieux messieurs à l’haleine de bouc
Qui payent pour que je leur pisse au visage

Désolée, je me préserve
Pour Maîtresse Séverine qui m’a promis
De me marquer au fer rouge le weekend prochain

Désolée, je me préserve
Pour mon patron qui va me congédier
Si je refuse de le laisser me sauter dans son bureau

Désolée, je me préserve
Pour l’autel de Belzébuth, de Moloch et d’Asmodée
Sur lequel je serai sacrifiée lors de la prochaine pleine lune